Le lecteur scrupuleux de la Gazette n’est pas sans se souvenir de la promesse qui lui avait été faite il y a quelques numéros de cela. Encouragé par sa bienveillance ainsi que par celle de la Rédaction, nous y souscrirons, nous attachant à un autre grand maître de la peinture baroque qui a su jeter une lumière toute particulière sur ce qui est sénovélinien par excellence : le processus du modding et le moddeur proprement dit.



Sans la découverte fortuite dans un bon gros luth italien d’une note de frais signée de sa main, cette toile serait probablement restée à jamais intitulée Midas et Bacchus et le monde (ou du moins le clampin moyen pour qui un musée d’art est un local commode où attendre la fin d’une averse tout en pestant toutefois l’absence d’écrans plats diffusant en boucle MTWiwi) aurait tout ignoré des intentions profondes de Nicolas Porcelet lorsque son pinceau esquissait en 1629 son chef-d’œuvre, le Moddeur accompli dans un galetas donnant sur le Tibre.
Son titre original ainsi restauré par les hasards d’un nettoyage de printemps, un tout nouveau sens se révèle à l’exégète pictural ainsi qu’à son lecteur attentif. A tout seigneur, tout honneur : intéressons-nous tout d’abord à la figure éponyme.

a) la figure centrale et son entourage immédiat

Nicolas Caneton l’a ici représenté sous la forme d’un jeune, bel et viril éphèbe, paré des attributs du pouvoir, à savoir le manteau de pourpre et la couronne de lauriers. Notons également la coupe qu’il tient avec négligence, élément récurrent du tableau figurant probablement le Graal de tout moddeur qui se respecte : le module achevé. Tout autour de ce Moddeur accompli se déploie ce qui peut de prime abord paraître un cénacle quelque peu hétéroclite, mais s’avère rapidement être d’habiles allégories illustrant la parfaite réussite du personnage central. Nous allons tour à tour les décrypter.

Tout d’abord, intéressons-nous à cet homme qui semble vouloir se nourrir à la main senestre du personnage central : mélange de dénuement (nudité), de légère paresse (position assise) et de déférence (regard où se mêlent crainte et admiration), il figure le Joueur Lambda, avide de nouveaux modules pour customiser sa partie et prolonger son expérience de jeu.
Immédiatement derrière lui se trouve un roi, dans une attitude mêlant soumission (agenouillé, dextre dirigée vers le sol en exposant la paume) et reconnaissance (senestre posée sur le cœur, regard éperdu). Il représente les Autorités de Ce Monde, dont le manteau terne illustre à merveille la pâleur face à la pourpre du Moddeur pleinement réalisé.
A ses pieds se trouve une jeune dame langoureuse, la personnification dont l’interprétation est sans doute la plus aisée, puisqu’elle figure généralement ce qui est à l’origine de bon nombre de carrières d’apprentis-moddeurs : l’espoir que la Gent Féminine finira par se pâmer devant leur génie, au lieu d’accorder leurs faveurs à d’insignifiants bellâtres. Notons toutefois que le Moddeur accompli a lui, dépassé depuis longtemps cette aspiration, fût-elle la sienne lorsqu’il ouvrit le TESCS la toute première fois : il n’accorde pas même un regard à celle qui s’offre ainsi à lui. Et pis c’est bien fait pour elle, voilà tout.
Enfin, le Grosminet couché et attentif témoigne de la reconnaissance des Testeurs, tant il est vrai qu’un module bien réalisé et dûment kafouwashé ne laisse jamais les bleus de marbre.

b) la transfiguration du moddeur

Mais ce faste déployé autour du Moddeur accompli n’est pas le plus beau témoignage de sa réussite et, cela, Nicolas Lapereau nous le fait bien sentir, lui qui a su croquer son extraordinaire métamorphose.
En effet, ce personnage qui nous apparaît nimbé de lumière fut jadis un terne personnage somnolent et grisâtre. Mais il a su, au terme d’une longue transformation dans la chrysalide tescsiennes s’éveiller et renaître à un niveau de conscience supérieur (un état probablement assez proche de ce que M. Kirkbride entend par CHIM).

Ainsi, cette toile nous rappelle que le modding n’est pas une création unilatérale : au fil des années, elle se fait recréation. Relevons également le troisième personnage, en arrière-plan. Sa diaule proclame triomphalement l’aboutissement du personnage central, sa victoire sur son ancienne nature. Sans doute figure-t-il la publication d’un nouveau module fraîchement éclôt de la BAL.

c) les écueils du modding

Cependant, l’honnêteté de Nicolas Oison lui interdisait d’occulter les nombreux écueils du modding. Car en la matière, rien n’est jamais gagné d’avance : le TESCS est rétif, d’humeur capricieuse et le dompter n’est pas chose aisée, loin de là. Pour un moddeur étant parvenu à le saisir par les cornes, à lui ravir sa toison, combien en effet ont fini piétinés, rejetés dans la fange des bugs incompréhensibles ou des sauvegardes corrompues ?

Ah, il n’est que trop vrai que réaliser un module (même mauvais) est toute une entreprise dans laquelle il faut s’investir pleinement, le peintre le savait pertinemment. Aussi son œuvre comporte-t-elle en arrière-plan un avertissement discret qui paraîtra de mauvais augure à certains, mais dont les plus avisés sauront tirer la leçon qui s’impose :

 « Prends garde, toi qui aspire à la gloire !
Deux dangers te guettent,
véritables Charybde et Scylla du TESCS :
Diffère trop longtemps la sortie de ton ouvrage
et nulle audience ne l’attendra plus,
tu auras vieilli en vain !
Montre-toi trop ambitieux, trop confiant
et ta seule récompense sera l’amertume
de n’avoir rien achevé. »


NQD, grand spécialiste devant l'éternel et dirigeant de l'Institut Wiwilandais du Modding Artistique.